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Méditerranée : un ouragan est-il possible ?

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Une importante dégradation est attendue en Méditerranée la semaine prochaine. Si la chronologie de l'épisode n'est pas encore fiabilisée, la configuration météorologique globale pourrait être propice à la formation d'un "Médicane", autrement dit : un ouragan méditerranéen. Quel est le principe de formation de ce phénomène ? Que faut-il redouter ?

Ce terme est un néologisme issu de "Méditerranée" et de "Hurricane" (ouragan, en anglais), désignant la formation épisodique d'ouragans sub-tropicaux qui se forment parfois sur les eaux chaudes de la Méditerranée.  Cette dépression présente la particularité d'avoir des caractéristiques semblables en certains points aux phénomènes tropicaux qui se forment habituelles aux latitudes plus basses.
Ce phénomène baptisé "medicane" (terme anglo-saxon inventé par Businger et Reed en 1989, pour méditerranean + hurricane) présente en effet un "coeur chaud" (contrairement aux dépressions classiques des latitudes moyennes) et une structure nuageuse très particulière dont l'enroulement autour d'un centre exempt de nuages comme dans le cas des cyclones tropicaux.

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Crédit : La Chaîne Météo

 

Un phénomène subtropical

Bien que n'atteignant pas le seuil de l'ouragan (vent moyen supérieur à 118 km/h), les médicanes sont toujours synonymes de fortes dégradations en Méditerranée où ce phénomène a été pour la première fois identifié. On n'en dénombre qu'une vingtaine depuis ces trente dernières années.
Parmis eux, on peut citer celui formé en 1982 entre la Grèce et la Sicile et baptisé "Leucosia", celui formé en 1995 entre l'Egypte et l'Italie et baptisé "Celeno" ou plus proche de nous celui formé en 2007 en Mer Tyrrhénnienne et baptisé "Antinoo". Celui-ci avait alors provoqué de graves intempéries sur la région de Naples, avec de violents orages de grêle et des rafales de vent à près de 120-130 km/h. La pression en son centre atteignait 982 hPa.

Contrairement aux cycones tropicaux, les medicanes peuvent se former au-dessus d'eaux aux températures très différentes allant de 17°C à 27°C. La raison principale est que le mécanisme qui intervient dans sa phase d'initiation est la présence d'un minimum dépressionnaire dans la moyenne et haute troposphère, appelé "goutte froide".

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Crédit : La Chaîne Météo

 

Un transfert de l'énergie entre l'océan et l'atmosphère

Puis intervient alors l'interaction entre océan et atmosphère. L'air froid lié à la goutte froide et présent en altitude, et l'air plus chaud présent au contact des eaux chaudes de la Méditerranée participent au renforcement de l'instabilité dans la zone. Des systèmes convectifs d'abord isolés (nuages d'averses et orages) s'organisent alors progressivement autour du centre dépressionnaire et voient leur activité s'intensifier à mesure que les vents se renforcent. Ce sont en effet les vents qui permettent d'extraire l'humidité et la chaleur de l'océan pour la transférer ensuite aux systèmes convectifs. Durant cette phase, on peut alors voir sur les images satellites des amas nuageux s'organiser en des bandes nuageuses qui s'enroulent progressivement autour du centre de la dépression. A ce stade, on ne parle pas encore de "medicane" mais de "dépression quasi-tropicale".

Le processus de transfert de l'énergie entre océan et atmosphère se poursuit durant plusieurs heures, puis lorsque le système arrive à maturité, un oeil apparait au centre : le medicane est né.
Bien que moins puissants que les cyclones tropicaux, les medicanes présentent un danger important en cette région du globe, en raison des côtes densément peuplées de la Méditerranée.

Le réchauffement global pourrait faire craindre un plus grand nombre de ces phénomènes durant les prochaines décennies. Toutefois, les études récentes sur le sujet ne montrent pas de liens clairs entre augmentation de la température des océans et le nombre ou l'intensité des medicanes. En revanche, on a pu observer qu'une fois formé, un medicane a une durée de vie plus importante dans le cas d'eaux plus chaudes.

© La Chaîne Météo

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